En bref
Le ministre de l'Intérieur Matteo Piantedosi a écrit à son homologue allemand Alexander Dobrindt pour lui demander de « donner les instructions nécessaires » afin d'empêcher les transferts, prévus les 17, 19 et 20 août.
Rania Darezh (Irakienne), Abdirisaq Warsame Faduma (Somalienne de 22 ans installée en Hesse le 31 mars) et Hotak Samir (Afghan) ont été nommés dans la communication. L'Allemagne avait déjà signé les décrets de transfert.
Rome fait valoir que les trois cas sont antérieurs au 12 juin 2026, date d'entrée en vigueur du nouveau Pacte européen sur la migration et l'asile, et relèvent donc de l'accord bilatéral conclu avec l'Allemagne en décembre 2025 pour solder les comptes Dublin en attente.
Avant d'accepter tout transfert, Rome exige la mise en place d'un mécanisme de compensation pour les migrants secourus et amenés en Italie par des navires ONG battant pavillon allemand. Un navire ONG allemand transportant 65 personnes est attendu au port de Ravenne.
- 17 aoûtTransfert prévu de Rania Darezh, citoyenne irakienne
- 19 aoûtTransfert prévu d'Abdirisaq Warsame Faduma, citoyenne somalienne
- 20 aoûtTransfert prévu de Hotak Samir, citoyen afghan
Refus formel de l'Italie
L'Italie a officiellement notifié à l'Allemagne qu'elle n'acceptera pas le retour de trois migrants que Berlin entend expulser au titre du règlement de Dublin, invoquant leur statut de ressortissants arrivés d'abord en Italie avant de poursuivre leur route. Le ministre de l'Intérieur Matteo Piantedosi a envoyé une communication écrite à son homologue allemand Alexander Dobrindt après plusieurs jours de contacts diplomatiques et un entretien téléphonique entre les deux ministres. La lettre, décrite par deux sources parlementaires consultées par Il Messaggero comme courtoise mais ferme, demande à Dobrindt de « donner les instructions nécessaires » pour empêcher les transferts. Piantedosi a informé la Première ministre Giorgia Meloni de la décision, que les sources qualifient d'irrévocable.
Les trois migrants sont identifiés comme Rania Darezh, citoyenne irakienne ; Abdirisaq Warsame Faduma, citoyenne somalienne de 22 ans qui a débarqué à Lampedusa et s'est installée en Hesse le 31 mars, où sa famille vit régulièrement ; et Hotak Samir, citoyen afghan. L'Allemagne avait déjà signé les décrets de transfert, avec des vols prévus les 17, 19 et 20 août. Le premier cas, celui de la citoyenne somalienne, a été rapporté par La Repubblica ces derniers jours.
Arguments juridiques
L'Italie fonde son refus sur deux arguments. D'une part, les trois cas sont antérieurs au 12 juin 2026, date d'entrée en vigueur du nouveau Pacte européen sur la migration et l'asile. Rome estime donc qu'ils relèvent de l'accord bilatéral conclu avec l'Allemagne lors d'un sommet intergouvernemental à Rome, qui a soldé les « comptes » en attente des retours Dublin. L'Italie avait déjà fait « table rase » des accords de Dublin en janvier. La lettre invoque un contexte « extrêmement instable » et une pression migratoire excessive sur les États membres de l'UE comme empêchant la réactivation des accords de Dublin.
D'autre part, l'Italie exige qu'avant d'accepter tout transfert, un mécanisme de « compensation » soit établi, prenant en compte les migrants secourus et amenés sur les côtes italiennes par des navires ONG battant pavillon allemand. La question pourrait devenir concrète dans les jours à venir : un navire ONG allemand transportant 65 personnes est attendu au port de Ravenne, ce que le gouvernement italien considère comme un premier test de coopération avec Berlin.
Pressions politiques
L'impasse survient à un moment délicat pour les deux gouvernements. Le chancelier Friedrich Merz promeut une ligne dure sur l'immigration, à moins de trois semaines des élections en Saxe où l'AfD est créditée de plus de 40 % des intentions de vote. La Première ministre Giorgia Meloni subit la pression de la droite, où Roberto Vannacci et son mouvement Futuro nazionale la contestent sur l'immigration. Selon La Repubblica, Meloni ne cherche pas le conflit avec Merz, qu'elle considère comme la seule figure dirigeante de l'UE avec laquelle elle peut s'aligner, compte tenu de sa rupture avec l'Espagnol Pedro Sánchez et de ses relations tendues avec le Français Emmanuel Macron.
Malgré le refus ferme, la lettre contient une invitation à continuer de collaborer et de se coordonner sur ce dossier. L'Allemagne avait exprimé mercredi sa surprise face à la publicité entourant les trois expulsions. Rome attend désormais la réponse officielle de Berlin. La décision risque d'ouvrir un nouveau front dans le débat européen sur les migrants secondaires et les règles de Dublin, au moment même où les deux pays cherchent un accord sur les mécanismes de répartition et de retour.