En bref
Yandex a indiqué que le site de Vladimir avait dû être arrêté et que le remplacement des capacités endommagées prendrait environ six mois, après les frappes des 8 au 11 octobre dans trois régions.
Un graphique partagé sur X par l'eurodéputé tchèque Tomáš Zdechovský le 11 octobre, vu plus de quatre millions de fois, ne cite aucune source de données et a été identifié comme généré par IA par Pangram et TruthScan. Zdechovský a ensuite reconnu qu'il ne reposait pas sur un fait vérifié.
La baisse de 94 % du trafic automatisé provenant du réseau Yandex signalée par Cloudflare inclut les robots d'indexation, et l'entreprise a déclaré à la BBC que ce recul n'était pas nécessairement lié aux bots sur les réseaux sociaux.
D-Team n'a signalé aucun changement de trafic des comptes russes connus et des grappes de bots sur aucune plateforme, et CeMAS a déclaré n'avoir constaté aucun déclin de la désinformation russe pouvant être lié aux attaques contre Yandex.
Tomasz Siemoniak a affirmé que l'agence de renseignement ABW avait signalé un déclin radical de l'activité des bots russes, mais aucune donnée n'a été publiée pour étayer cette affirmation.
- 8-11 octobre 2026Des drones ukrainiens touchent trois centres de données de Yandex dans les régions de Riazan, Kalouga et Vladimir
- 11 oct.L'eurodéputé tchèque Tomáš Zdechovský partage sur X un graphique suggérant une chute soudaine de l'activité en ligne liée à l'AfD
- 12 oct.Volodymyr Zelensky déclare au Forum de sécurité de Varsovie qu'il y avait moins de bots et moins de haine en ligne
Frappes sur les centres de données de Yandex
Entre le 8 et le 11 octobre, des drones ukrainiens ont touché trois centres de données de Yandex dans les régions de Riazan, Kalouga et Vladimir. Yandex, souvent décrit comme le Google russe, a subi des perturbations sur les paiements, les services de taxi, les applications professionnelles et ses offres cloud. Le site de Sasovo, dans la région de Riazan, héberge deux des trois supercalculateurs que Yandex utilise pour développer ses modèles d'IA, sans qu'il soit établi qu'ils aient été endommagés. Yandex a indiqué que le site de Vladimir avait dû être arrêté et que le remplacement des capacités endommagées prendrait environ six mois. Moscou envisage désormais de déployer l'armée pour protéger ce type d'installations.
Comment la théorie des bots s'est propagée
Cloudflare, qui achemine une large part du trafic web, a signalé que le trafic automatisé provenant du réseau Yandex avait chuté de 94 %, un chiffre qui s'est rapidement répandu en ligne. S'exprimant au Forum de sécurité de Varsovie le 12 octobre, Volodymyr Zelensky a déclaré que les réseaux sociaux étaient devenus un peu plus respirables.
« il y avait moins de haine, moins de division et moins de provocations [parce qu']il y avait moins de bots »
Le ministre polonais et coordinateur des services de renseignement Tomasz Siemoniak a affirmé que l'ABW, l'agence de renseignement intérieur, avait signalé un déclin radical de l'activité des bots russes, mais aucune donnée n'a été publiée. Le 11 octobre, l'eurodéputé tchèque Tomáš Zdechovský a partagé sur X un graphique suggérant que l'activité en ligne autour de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) s'était soudainement effondrée. Sa publication a été vue plus de quatre millions de fois. Quelques heures plus tard, il a reconnu que cette affirmation ne reposait pas sur un fait vérifié, précisant que son message commençait par la condition « si confirmé ».
Ce que montre le graphique
Le graphique est intitulé « Activité quotidienne sur 3 mois » et ne précise ni l'activité qu'il suit ni sa source de données. Sa courbe s'arrête au 15 octobre, une date encore future au moment de la publication des vérifications. Les outils de détection Pangram et TruthScan l'ont identifié comme généré par IA. Il contient aussi des chiffres datés après sa propre publication, ce qui l'empêche d'enregistrer le trafic qu'il prétend montrer. Les données Cloudflare à l'origine de la confusion couvrent toutes les requêtes automatisées sur son réseau, y compris les robots d'indexation utilisés par les moteurs de recherche. Cloudflare a déclaré à la BBC que cette baisse n'était pas nécessairement liée au comportement des bots sur les réseaux sociaux. Mikhail Klimarev, analyste internet indépendant, a expliqué à BBC Russian que Yandex parcourt tout l'internet environ une fois par jour, et qu'il estimait que l'entreprise avait probablement désactivé ces robots d'indexation pour soulager ses ressources informatiques.
Ce qu'ont constaté les observateurs et les chercheurs
D-Team, un groupe basé aux États-Unis qui suit les campagnes d'influence liées à Moscou, a déclaré à BBC Verify que les comptes russes connus et les grappes de bots n'avaient montré aucun changement de trafic sur aucune plateforme, et que ces opérations restaient actives. Josef Holnburger, directeur général du Center for Monitoring, Analysis and Strategy (CeMAS) de Berlin, a déclaré :
« aucun déclin des activités de désinformation russes qui pourrait s'expliquer par l'attaque contre les centres de données de Yandex »
Darren Linvill, qui étudie la manipulation de l'information étrangère, a déclaré à Snopes que les frappes n'avaient probablement pas perturbé les opérations de propagande russes, car beaucoup d'entre elles sont menées depuis l'extérieur de la Russie.
Pourquoi l'étiquette de bot induit en erreur
Le mot bot recouvre des réalités très différentes, des faux profils publiant des commentaires aux logiciels de spam et aux robots d'indexation des moteurs de recherche. Roman Ossadtschuk, responsable de l'analyse des menaces au sein de l'entreprise technologique ukrainienne LetsData, a déclaré qu'aucun graphique fiable ne peut combiner l'activité des bots et des trolls sur plusieurs plateformes sans accès à leurs données internes. Il a reconnu une baisse modérée des publications et des commentaires sur un week-end, touchant aussi bien les bots que les utilisateurs réels, mais y voit une coïncidence. Le bureau de Zelensky a ensuite indiqué à BBC Verify qu'il parlait de l'atmosphère sur les réseaux sociaux, en soulignant que de nombreux utilisateurs avaient signalé moins de commentaires provocateurs et haineux. Au moment des vérifications, aucune donnée publiée n'étaye l'idée que les attaques ont stoppé les réseaux de bots russes.