En bref
Le 30 septembre 2026, le ministère de la Défense de Margarita Robles a transmis les conclusions d'Amnesty International au parquet et chargé le Commandement des opérations d'enquêter sur la responsabilité individuelle des militaires.
Amnesty a recueilli 22 plaintes directes pour violences parmi 65 migrants interrogés, documentant des immobilisations par serre-câbles, des coups de matraque et des patrouilles nocturnes encagoulées après l'afflux frontalier de juillet.
Entre 500 et 700 mineurs non accompagnés sur 2 383 recensés, ainsi qu'environ 800 femmes, continuent de dormir dans la rue avec un seul repas par jour.
Le directeur d'Amnesty, Esteban Beltrán, a adressé des courriers officiels au Premier ministre Pedro Sánchez et au président de Ceuta Juan Jesús Vivas, demandant une aide humanitaire et la suspension des militaires mis en cause.
- 30 juil.Environ 80 000 migrants entrent à Ceuta tandis que plus de 3 000 militaires sont déployés
- 10 sept.Amnesty International entame une mission d'établissement des faits de cinq jours dans la ville autonome
- 30 sept.Le ministère de la Défense transmet le rapport sur les violences au parquet et ordonne une enquête militaire interne
Enquête militaire et saisine de la justice
Le ministère de la Défense espagnol a transmis le 30 septembre 2026 un dossier d'Amnesty International au parquet et au tribunal de permanence de Ceuta. Le rapport expose des allégations documentées de torture, de coups violents et de traitements dégradants commis par des militaires stationnés dans l'enclave nord-africaine. La ministre de la Défense, Margarita Robles, a demandé au Commandement des opérations (MOPS) d'ouvrir une enquête interne afin d'établir les responsabilités individuelles des militaires. Des responsables de la Défense ont souligné que les procédures interne et judiciaire visent à préserver la conduite et la réputation des forces armées, en ciblant particulièrement des unités de la Légion espagnole et des Regulares déployées pour contrôler les frontières et patrouiller dans l'espace public.
Violences documentées et témoignages de migrants
L'enquête fait suite à une mission d'établissement des faits de cinq jours menée par Amnesty International du 10 au 15 septembre 2026, deux mois après l'entrée d'environ 80 000 personnes à Ceuta les 30 et 31 juillet. Les délégués aux droits humains ont interrogé 65 migrants et demandeurs d'asile et recueilli 22 témoignages directs accusant des soldats en patrouille de violences physiques, de vols d'argent et de destruction ou de confiscation de téléphones portables. Environ la moitié des personnes rapportant des violences étaient mineures. Les témoignages documentés font état de victimes immobilisées avec des attaches de type serre-câbles, placées dans des coffres de véhicules, bâillonnées et frappées à plusieurs reprises avec les poings et des matraques. Une autre personne a déclaré avoir été jetée d'une hauteur près de l'Ermita de San Antonio, ce qui l'a laissée incapable de marcher pendant 25 jours. Des témoins ont aussi rapporté que des soldats opéraient encagoulés lors des patrouilles nocturnes pour dissimuler leur identité, forçaient des migrants à s'agenouiller, leur coupaient les cheveux et les obligeaient à embrasser des croix chrétiennes.
« Ce n'est pas une chose du passé ; les agressions continuent, la dernière a eu lieu il y a quelques jours. »
Pression humanitaire et discrimination dans l'accès aux soins
Les conditions de vie des personnes restées dans l'enclave demeurent très difficiles dans les zones urbaines. Entre 500 et 700 mineurs non accompagnés dorment à la rue sur les 2 383 recensés par les autorités locales, aux côtés d'environ 800 femmes, dont beaucoup s'occupent de jeunes enfants. Les migrants ne reçoivent qu'un repas par jour, ce qui implique de longues marches et plus de trois heures d'attente en plein soleil. Les services de santé fonctionnent en même temps dans des lieux distincts, obligeant les personnes à choisir entre se nourrir et recevoir des soins. L'organisation de défense des droits humains a également relevé des cas de discrimination dans les centres médicaux, où des blessés, dont des mineurs atteints de plaies ouvertes à la tête, ont été qualifiés d'intrus et contraints d'attendre dehors. Les registres locaux font état de 39 victimes de violences sexuelles à Ceuta sur les deux mois, dont 14 mineures.
- Total des victimes signalées
- 39 personnes
- Victimes mineures
- 14 personnes
Données tirées du texte de l’article
Interpellations du gouvernement et traitement des demandes d'asile
Amnesty International a adressé des courriers officiels au Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et au président de Ceuta Juan Jesús Vivas, appelant le gouvernement à agir sans délai pour fournir une aide humanitaire, un hébergement adapté et une protection aux groupes vulnérables. L'organisation a exigé la suspension immédiate et le retrait du service de tout militaire impliqué dans les agressions rapportées. Plus de 3 000 militaires restent déployés à Ceuta en missions de surveillance et de dissuasion aux côtés des forces de sécurité de l'État. Tout en reconnaissant les conditions opérationnelles difficiles auxquelles font face les forces de sécurité, les observateurs des droits humains soulignent que des migrants vulnérables venus de pays en conflit, notamment de Somalie et du Yémen, n'ont pas eu d'entretien d'asile ni d'évaluation standard de protection.