En bref
Le projet de budget français pour 2027 prévoit de porter la TVA sur la télévision payante de 10 % à 20 %, ce qui représenterait un coût annuel estimé à 200 millions d'euros pour Canal+.
Maxime Saada a averti que Canal+ annulera son accord d'investissement de 980 millions d'euros pour 2028–2032 et réduira de 50 % à 75 % le financement des films si la hausse de la taxe est adoptée.
Canal+ prévoit d'augmenter ses tarifs d'abonnement d'environ 10 %, ce qui touchera les clients à l'expiration de leurs contrats d'un ou deux ans.
Treize organisations du cinéma français ont écrit au président Emmanuel Macron pour contester la mesure, tandis que Canal+ entend faire du lobbying au Parlement lors de l'examen du budget 2027.
La hausse d'impôt proposée et la réaction du groupe
Le gouvernement français a introduit dans son projet de loi de finances 2027 une disposition supprimant le taux réduit de TVA de 10 % applicable aux services de télévision payante linéaire, pour le porter au taux normal de 20 % appliqué aux plateformes de streaming comme Netflix. Interrogé sur RTL lundi 5 octobre 2026, le président du directoire du groupe Canal+, Maxime Saada, a déclaré que cette révision fiscale coûterait à l'entreprise environ 200 millions d'euros par an. Le projet de budget présenté par l'exécutif prévoit 43 milliards d'euros de coupes budgétaires et de recettes nouvelles pour faire face à la dette publique. Saada a qualifié la mesure d'anti-économique et affirmé que l'entreprise ne peut supporter une telle hausse de ses charges d'exploitation en France.
« Canal+ en France n'est pas en mesure d'absorber un choc de 200 millions d'euros. »
- Taux actuel de la télévision payante linéaire
- 10 %
- Plateformes de vidéo à la demande actuelles
- 20 %
- Taux proposé pour la télévision payante en 2027
- 20 %
Données tirées du texte de l’article
Conséquences pour le financement du cinéma français
Canal+ est le premier financeur privé du cinéma français, avec 163 millions d'euros investis dans 148 films français en 2025 et le préfinancement de 104 de ces titres, soit près de la moitié de l'ensemble des investissements des diffuseurs dans les films d'initiative française. En juillet 2026, le groupe a signé un accord de cinq ans avec les organisations professionnelles du cinéma prévoyant 980 millions d'euros d'investissements entre 2028 et 2032, soit une moyenne de 196 millions d'euros par an. Saada a averti que le contrat deviendrait automatiquement caduc si la hausse de la taxe entrait en vigueur, ce qui entraînerait une baisse de 50 % à 75 % des films financés. Si Canal+ limitait ses dépenses au strict minimum légal, sa contribution annuelle au cinéma tomberait à environ 50 millions d'euros. En réaction, treize organisations du secteur du cinéma ont adressé une lettre commune au président Emmanuel Macron pour alerter sur les conséquences graves pour la production nationale.
- Minimum réglementaire strict
- 50 M€
- Investissement réel 2025
- 163 M€
- Moyenne annuelle signée 2028–2032
- 196 M€
Données tirées du texte de l’article
Impact sur les abonnements et l'activité
Pour limiter la charge fiscale potentielle, Canal+ prévoit d'augmenter ses tarifs d'abonnement d'environ 10 %, mais près de 90 % des clients actuels sont engagés sur des contrats d'un ou deux ans qui empêchent toute modification immédiate des prix. Saada a indiqué que la hausse du coût des abonnements entraînerait des résiliations et pourrait conduire à des ajustements de l'emploi ainsi que des dépenses en droits sportifs. Le groupe Canal+ est présent dans 70 pays, réalise environ 9 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel et visait un bénéfice mondial de 700 millions d'euros. Saada a toutefois affirmé que les activités en France sont à peine rentables, après une décennie de restructuration nécessaire pour revenir des pertes annuelles de 400 millions d'euros enregistrées avant que Vincent Bolloré ne devienne l'actionnaire principal.
« Une chaîne qui n'est pas rentable disparaît. »
Débat parlementaire et contexte politique
Canal+ a annoncé qu'il ferait du lobbying auprès des parlementaires lors du prochain examen législatif du projet de loi de finances 2027 afin d'amender le texte. Saada a cité les propos tenus un mois plus tôt par le président Emmanuel Macron sur la nécessité de préserver l'exception culturelle française. L'exécutif a également répondu aux questions sur le point de savoir si la modification fiscale constituait une réponse politique contre le milliardaire conservateur Vincent Bolloré, dont le holding contrôle Canal+ et la chaîne d'information CNews. Saada a soutenu que son objectif était la survie commerciale du groupe en France, où Canal+ a récemment soutenu six titres présentés au Festival de Cannes 2026, dont « Full Phil » de Quentin Dupieux et « Garance » de Jeanne Herry.