En bref
Le Rwanda a signé un contrat de 10 ans pour accueillir un Grand Prix d'Afrique sur un circuit situé à environ 40 kilomètres au sud de Kigali, que la F1 prévoit au début des années 2030.
La ministre des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner a déclaré jeudi 15 octobre qu'elle avait averti la F1 en février 2025 et qu'accueillir la course au Rwanda contribuerait à embellir l'image de Paul Kagame.
La RDC, les États-Unis et les experts de l'ONU accusent le Rwanda de soutenir les rebelles du M23, et les États-Unis ont sanctionné en mars l'armée rwandaise et quatre officiers supérieurs, des accusations que le Rwanda rejette comme partiales.
- février 2025Kayikwamba Wagner affirme avoir averti Domenicali et la F1 qu'une course au Rwanda serait moralement indéfendable
- 13 oct.La F1, la FIA et le Rwanda annoncent un Grand Prix d'Afrique à Bugesera, en présence de Paul Kagame
- 15 oct.La ministre des Affaires étrangères de la RDC déclare que la course embellirait l'image d'un dirigeant autoritaire
L'annonce à Kigali
La Formule 1 et la FIA ont annoncé mardi 13 octobre qu'un Grand Prix d'Afrique se tiendrait au Rwanda. L'annonce a eu lieu à Kigali, où le président Paul Kagame est apparu aux côtés du directeur général de la F1, Stefano Domenicali, et du président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem. La course se déroulera sur un circuit encore à construire à Bugesera, à environ 40 kilomètres au sud de la capitale, dans le cadre d'un projet plus vaste à côté d'un nouvel aéroport international toujours en chantier. La F1 prévoit l'entrée de la course au calendrier au début des années 2030, et le Rwanda a signé un contrat de 10 ans pour l'accueillir. La série n'avait plus couru en Afrique depuis 1993. Domenicali s'est dit très fier et a déclaré que le sport montrait au monde ce que signifie être un pays avec une vision.
L'objection congolaise
Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo, a déclaré jeudi 15 octobre que la RDC se réjouit du retour de la F1 en Afrique mais s'oppose au choix du Rwanda. Dans une déclaration écrite, elle a soutenu que la course aiderait le président rwandais à améliorer sa position.
« offrir cette tribune à Paul Kagame contribuerait à embellir l'image d'un dirigeant autoritaire »
Elle a indiqué avoir averti Domenicali et les autorités de la F1 en février 2025 qu'un Grand Prix au Rwanda serait moralement indéfendable. La RDC soutient également les efforts concurrents de l'Afrique du Sud pour accueillir une course à sa place. Elle a posé une condition à la F1, demandant la preuve que l'argent derrière l'événement est propre.
« Elle devrait exiger des garanties crédibles et indépendantes qu'aucun argent utilisé pour accueillir la course ne provienne de minerais liés aux conflits ou de l'exploitation des ressources congolaises. »
Le Rwanda, le M23 et les sanctions
La RDC, les États-Unis et les experts de l'ONU accusent le Rwanda de soutenir le groupe rebelle M23 dans l'est de la RDC. L'ONU a demandé au Rwanda de se retirer immédiatement du territoire congolais. Amnesty International allègue que le M23 a commis des exactions graves tout en acheminant de l'or et du coltan vers le Rwanda avec l'aide des autorités rwandaises. Les États-Unis ont sanctionné en mars l'armée rwandaise et quatre officiers supérieurs pour leur soutien au M23. Le Rwanda rejette ces sanctions comme partiales, nie apporter un soutien aux rebelles et affirme que ses mesures de sécurité protègent contre des groupes armés opérant de l'autre côté de la frontière.
Accusations de sportswashing
Plusieurs organisations non gouvernementales, dont Amnesty, accusent le gouvernement de Kagame de sportswashing. Le Rwanda a sponsorisé des clubs comme Arsenal, Aston Villa, le Paris Saint-Germain et le Bayern Munich, et a accueilli les Championnats du monde de cyclisme en 2025. La RDC s'était déjà opposée à de précédents efforts de sponsoring sportif rwandais. Le Maroc n'a pas réussi à trouver le financement de sa propre candidature, tandis que l'Afrique du Sud compte jusqu'à quatre projets distincts avec différents promoteurs dans trois lieux, dont deux au Cap. La F1 a jugé trop difficile de gérer les demandes concurrentes de plusieurs pays sur un calendrier déjà chargé.
Site et calendrier
Le site de Bugesera n'est encore que terrain nu, selon les informations rapportées, et des sources internes anonymes indiquent que le projet plus vaste devrait être achevé d'ici 2030. Le nouveau circuit fait partie d'un plan comprenant des installations de divertissement, résidentielles, hôtelières, de spa, de science du sport et d'innovation. La course est attendue au début des années 2030, tandis que la RDC continue de réclamer des garanties indépendantes sur le financement de l'événement.