En bref
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a confirmé que l'État prélèvera la totalité de l'excédent de 2,1 milliards d'euros prévu par Unédic en 2027.
La dette d'Unédic devrait atteindre 61,5 milliards d'euros fin 2026, ce qui compromet les réductions prévues à 59,4 milliards d'euros en 2027 et 55,4 milliards d'euros en 2028.
Un prélèvement de l'État de 4,1 milliards d'euros en 2026 dépassera les recettes d'exploitation et laissera Unédic avec une perte nette de 2,3 milliards d'euros.
Les dirigeants d'Unédic Patricia Ferrand et Jean-Eudes Tesson mettent en garde contre le fait de traiter l'assurance chômage comme une variable d'ajustement des comptes nationaux.
Le gouvernement revendique la totalité de l'excédent 2027
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a annoncé le 5 octobre 2026 que l'État prélèvera 2,1 milliards d'euros sur Unédic, l'assurance chômage, en 2027. Le prélèvement correspond à la totalité de l'excédent que l'organisme paritaire, cogéré par les syndicats et le patronat, comptait dégager cette année-là pour compenser les déficits du budget général de l'État. Jean-Pierre Farandou a déclaré dans des entretiens avec L'Opinion et la chaîne LCI que les négociations internes avec le ministère de l'Économie à Bercy garantissaient à l'agence de rester au moins à l'équilibre. Les prélèvements de l'État sur les recettes d'Unédic se sont accumulés ces dernières années, les ponctions antérieures atteignant entre 8 et 12 milliards d'euros depuis 2023.
« Le régime prévoit un excédent de 2,1 milliards d'euros en 2027. Nous prélèverons donc cet excédent, mais Unédic sera à l'équilibre l'an prochain, et c'était un point essentiel pour moi. »
La réduction de la dette compromise par les prélèvements de l'État
Le transfert continu de fonds vers les caisses de l'État perturbe le plan de rétablissement financier d'Unédic. Unédic projette que sa dette atteindra 61,5 milliards d'euros fin 2026. Avant l'annonce du gouvernement, l'agence prévoyait d'affecter ses excédents d'exploitation au remboursement de son passif, avec pour objectif de ramener sa dette totale à 59,4 milliards d'euros fin 2027 et à 55,4 milliards d'euros fin 2028. Pour 2026, un prélèvement de l'État prévu à 4,1 milliards d'euros dépassera l'excédent d'exploitation annuel, contraignant l'organisation à un déficit d'exploitation de 2,3 milliards d'euros pour cet exercice.
- Fin 2026
- 61.5 Md€
- Fin 2027
- 59.4 Md€
- Fin 2028
- 55.4 Md€
Données tirées du texte de l’article
Sans les prélèvements antérieurs de l'État, Unédic aurait enregistré des excédents budgétaires durables au cours des trois années précédentes : 3,5 milliards d'euros en 2023, 2,5 milliards d'euros en 2024 et 3,3 milliards d'euros en 2025.
- 2023
- 3.5 Md€
- 2024
- 2.5 Md€
- 2025
- 3.3 Md€
Données tirées du texte de l’article
Les partenaires sociaux dénoncent le détournement budgétaire
La décision a immédiatement suscité les critiques des syndicats et des organisations patronales qui cogèrent l'assurance chômage. Dans une tribune commune publiée dans Le Monde, la présidente d'Unédic Patricia Ferrand et le vice-président Jean-Eudes Tesson avertissent que recourir aux cotisations sociales pour équilibrer les comptes publics nuit à l'institution. Ils affirment que l'assurance chômage ne doit pas servir de variable d'ajustement aux finances de l'État. Les partenaires sociaux avaient déjà mis en garde en juin contre l'accumulation d'une dette supplémentaire dans un cycle de taux d'intérêt élevés, surtout après avoir absorbé les coûts imposés pendant la pandémie de Covid-19, comme l'activité partielle.
« Alors que les perspectives économiques se dégradent et que le chômage devrait continuer d'augmenter, l'État multiplie les signes de sa volonté de poursuivre les prélèvements. Une telle orientation aurait des conséquences graves, alors que les prévisions financières de l'assurance chômage pourraient être substantiellement revues à la baisse. »
Jean-Pierre Farandou défend les mesures d'économies
Jean-Pierre Farandou a défendu sa gestion en invoquant des règles structurelles destinées à dégager de nouvelles marges financières pour le régime. La réduction de la durée maximale d'indemnisation de 18 à 15 mois après une rupture conventionnelle devrait permettre d'économiser jusqu'à 800 millions d'euros par an à partir de 2029. Par ailleurs, de nouvelles réglementations européennes approuvées sur les travailleurs frontaliers devraient rapporter 880 millions d'euros par an à l'agence. Jean-Pierre Farandou a aussi annoncé son intention de réformer les exonérations de cotisations patronales, après avoir déjà réduit ces aides de 8 milliards d'euros dans le budget national.