En bref
L'Audiencia Nacional a tenu 37 audiences et entendu plus de 100 témoins depuis le 6 avril 2026, avant les plaidoiries finales le 28 juillet.
L'ancien ministre Jorge Fernández Díaz et deux ex-chefs de la police risquent 15 ans ; l'ex-commissaire Villarejo risque 19 ans ; le chauffeur Sergio Ríos risque 12,5 ans.
L'opération parapolicière de 2013 a espionné Luis Bárcenas et sa famille pour saisir des documents compromettants sur le parti au pouvoir.
Villarejo a qualifié ses notes de 'temporaires' et s'est excusé ; Ríos a affirmé avoir cru que l'opération était légale.
Le collège de trois juges va maintenant délibérer ; une sentence pourrait prendre des mois sans date fixée.
- Été 2013Sergio Ríos recruté comme 'cocinero', début de l'opération
- Octobre 2013Surveillance détectée par Rosalía Iglesias, fin de l'opération
- 6 avr.Ouverture du procès à l'Audiencia Nacional
- 28 juil.Le procès s'achève après 37 audiences, dernières paroles entendues
L'opération Kitchen
En 2013, alors que Luis Bárcenas, l'ancien trésorier du Parti populaire au pouvoir, était en détention provisoire, le ministère de l'Intérieur sous le gouvernement de Mariano Rajoy aurait lancé une opération parapolicière pour espionner son épouse, Rosalía Iglesias, et son entourage proche. L'objectif, selon l'accusation, était de saisir des documents et des enregistrements qui pourraient compromettre le parti et ses dirigeants. Plus d'une douzaine d'agents de police ont témoigné pendant le procès qu'ils avaient effectué une surveillance sur ordre de leurs supérieurs, notamment en installant une caméra vidéo à l'extérieur du cabinet de l'avocat de Bárcenas. L'existence de l'opération a été reconnue même par les accusés.
« Un service devait être mis en place. »
Le chauffeur Sergio Ríos a été recruté comme confident à l'été 2013, avec le nom de code « cocinero » (cuisinier), ce qui a donné son nom à l'opération : Kitchen. Il a été payé 48 000 euros sur des fonds réservés. La surveillance s'est poursuivie jusqu'en octobre 2013, date à laquelle Iglesias a détecté l'équipe, selon le chef de l'unité spéciale de surveillance.
Le procès
Le procès s'est ouvert le 6 avril 2026 à l'Audiencia Nacional de Madrid, présidé par la juge Teresa Palacios. En 37 audiences et près de quatre mois, la cour a entendu plus de 100 témoins, dont l'ancien Premier ministre Mariano Rajoy. Les procureurs ont présenté des registres de police avec des photographies et des témoignages d'agents qui ont suivi la famille de Bárcenas. L'accusation a soutenu que l'opération avait été ordonnée depuis le sommet du ministère de l'Intérieur afin d'entraver l'enquête sur la prétendue caisse noire du PP.
Les charges et les accusés
Huit personnes étaient sur le banc des accusés. L'ancien ministre de l'Intérieur Jorge Fernández Díaz, son ancien secrétaire d'État à la Sécurité Francisco Martínez, et l'ancien directeur opérationnel adjoint de la Police nationale Eugenio Pino encourent chacun 15 ans de prison s'ils sont reconnus coupables. L'ancien commissaire José Manuel Villarejo, déjà impliqué dans d'autres affaires, fait face à la plus lourde demande : 19 ans. Sergio Ríos, le chauffeur, risque 12 ans et demi. Les autres accusés incluent l'ancien chef des affaires internes Marcelino Martín Blas, l'ancien chef de l'UDEF José Luis Olivera, et le policier Andrés Gómez Gordo.
- Jorge Fernández Díaz
- 15 ans
- Francisco Martínez
- 15 ans
- Eugenio Pino
- 15 ans
- José Villarejo
- 19 ans
- Sergio Ríos
- 12.5 ans
Données tirées du texte de l’article
Les dernières déclarations
Lors de la dernière audience le 28 juillet, seuls trois des huit accusés ont exercé leur droit à la dernière parole. Fernández Díaz, Martínez et Pino sont restés silencieux. Villarejo, qui fêtera ses 75 ans la semaine prochaine, s'est interrogé sur la manière dont il avait « marché sur des plates-bandes si importantes » mais a exprimé « une confiance absolue dans l'indépendance judiciaire ». Il a minimisé ses carnets, les qualifiant d'aides-mémoire temporaires, et s'est excusé.
« Je regrette profondément le tort que j'ai pu causer à toutes les personnes impliquées. »
Sergio Ríos a insisté sur le fait qu'il n'avait jamais su que l'opération était illégale. « J'ai toujours cru qu'il s'agissait d'une opération totalement légale », a-t-il déclaré, ajoutant qu'il avait été suivi et que ses téléphones avaient été clonés. Andrés Gómez Gordo a nié tout rôle dans la planification de l'opération, affirmant que qualifier Ríos de « coci » en 2015 n'impliquait pas la connaissance de l'illégalité.
La suite
Le collège de trois juges va maintenant délibérer. Aucune date n'a été fixée pour le verdict, et la sentence pourrait prendre des mois. L'affaire a déjà jeté une ombre sur l'ère Rajoy et le PP, et la décision finale déterminera si l'ancienne direction du ministère de l'Intérieur est tenue pénalement responsable de cette prétendue conspiration parapolicière.