En bref
Les forces de sécurité ont détenu six journalistes de Matsadaash dans plusieurs gouvernorats entre le 28 et le 29 septembre 2026, saisissant ordinateurs portables et téléphones.
Le 1er octobre 2026, les autorités ont accusé les journalistes d'agir pour le compte des Frères musulmans, sous la direction du cofondateur Abdelrahman Mansour.
L'Initiative égyptienne pour les droits personnels a confirmé que ces nouvelles détentions portent à 26 le total des journalistes incarcérés en Égypte.
Une coalition comprenant Human Rights Watch et Reporters sans frontières a signé une pétition demandant aux autorités égyptiennes de libérer la rédaction.
- 28 sept.Egyptian security forces begin home raids and arrest all six editorial team members.
- 30 sept.Matsadaash publicly reveals that its entire editorial staff has been detained.
- 1 oct.The Egyptian Interior Ministry formally accuses the journalists of Muslim Brotherhood affiliation.
Des descentes coordonnées dans plusieurs gouvernorats
Les forces de sécurité égyptiennes ont arrêté six journalistes représentant l'intégralité de la rédaction de la plateforme indépendante de vérification des faits Matsadaash, lors d'opérations coordonnées menées entre le 28 et le 29 septembre 2026. Des agents en uniforme ont pénétré dans des domiciles privés de plusieurs gouvernorats dans la nuit de lundi et tout au long de la journée de mardi, saisissant du matériel personnel, notamment des téléphones portables et des ordinateurs portables. L'Initiative égyptienne pour les droits personnels a confirmé l'identité des six journalistes détenus : Mohamed Ashraf Abu Emeira, Abdallah Qadry, Islam Barakat, Omar Helal, Mohamed Mahmoud et Mohamed Adel. Pendant deux jours après les descentes, les services de sécurité ont gardé secrète toute information sur le lieu de détention des journalistes ou sur les charges officielles retenues contre eux, empêchant toute communication avec leurs familles et leurs avocats.
Accusations de terrorisme et thèses du gouvernement
Le 1er octobre 2026, le ministère égyptien de l'Intérieur a annoncé des accusations formelles contre la rédaction, affirmant que les six journalistes appartenaient aux Frères musulmans, organisation interdite. Les autorités égyptiennes classent les Frères musulmans comme organisation terroriste, un statut également en vigueur en Jordanie et aux Émirats arabes unis. Le ministère a déclaré que la surveillance de sécurité avait détecté que Matsadaash diffusait de faux articles et déformait les faits sous financement étranger afin de saper la stabilité nationale. Les responsables ont spécifiquement accusé le cofondateur de la plateforme, Abdelrahman Mansour, le présentant comme un agent en fuite gérant depuis l'étranger un appareil médiatique non autorisé. Matsadaash a publié des démentis rejetant ces accusations, affirmant que son personnel est entièrement composé de journalistes égyptiens travaillant dans le pays, qui ont publié par le passé des enquêtes critiques envers les Frères musulmans.
« Ces accusations sont fausses. »
Réactions juridiques et mobilisation des droits humains
Des représentants d'organisations de la société civile ont condamné les détentions, y voyant une offensive croissante contre les médias indépendants. Lobna Darwish, de l'Initiative égyptienne pour les droits personnels, a déclaré que l'exercice du journalisme en Égypte était devenu extrêmement dangereux. L'avocat de la défense Nasser Amin a estimé que l'État utilisait les accusations de terrorisme comme moyen de dissuasion pour faire taire les grands médias d'investigation. Plus de 80 organisations régionales et internationales, dont Human Rights Watch et Reporters sans frontières, ont publié une pétition commune exigeant la libération immédiate des six journalistes. Le syndicat des journalistes égyptiens a également dénoncé les arrestations.
« Le seul crime commis par les personnes arrêtées a été d'exercer leur métier de journalistes, en menant des recherches et des analyses pour révéler la vérité. »
Histoire de la plateforme et restrictions médiatiques
Fondée en 2018 sous un nom arabe qui se traduit par « N'y croyez pas », Matsadaash a commencé comme site de vérification des faits avant d'étendre son activité au journalisme d'investigation dans la région arabe. Alors que les autorités égyptiennes de régulation des télécommunications bloquent l'accès à son site dans le pays, le média compte plus d'un million d'abonnés sur Facebook. Ses publications examinent régulièrement les déclarations de responsables gouvernementaux, dont une récente vérification des propos du ministre des Affaires étrangères Badr Abdelatty sur le nombre de réfugiés en Égypte. Les fondateurs de la plateforme ont indiqué que lors d'un épisode en 2023, les enquêteurs de la Sûreté de l'État avaient détenu deux rédacteurs avant de les libérer au bout de 36 heures sans charges, faute de liens avec les Frères musulmans. Selon l'Initiative égyptienne pour les droits personnels et le Comité pour la protection des journalistes, ces dernières arrestations portent à 26 le nombre total de journalistes emprisonnés en Égypte.